Le blindé Ajax devait devenir le nouveau pivot des forces de reconnaissance britanniques. Pourtant, malgré un budget colossal et une attente de plus de dix ans, le programme continue d’accumuler incidents techniques, retards massifs et critiques institutionnelles.
La suspension récente de son utilisation après des malaises de soldats relance le débat sur la viabilité de ce véhicule présenté comme une avancée technologique majeure.
Un arrêt immédiat après des essais alarmants
Les premiers 50 blindés livrés ont été immobilisés dès les tests du week-end sur la plaine de Salisbury. Selon les journaux britanniques, plusieurs militaires ont souffert de :
- vomissements,
- tremblements,
- symptômes auditifs,
- troubles liés aux vibrations internes du véhicule.
Le ministère de la Défense a ordonné l’arrêt complet des essais et fait examiner systématiquement les soldats exposés.
Au total, environ trente militaires ont présenté des signes associés au bruit et aux secousses du véhicule. La plupart ont pu reprendre leur service, mais une poignée d’entre eux nécessite encore un suivi médical spécialisé.
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Un programme déjà fragilisé depuis 2020
Ces incidents ne sont pas une découverte. Dès 2020, les premiers essais du blindé avaient été stoppés pour des raisons similaires : vibrations anormales, bruit excessif, risques de lésions auditives.
À l’époque, une dizaine de soldats avaient été placés sous surveillance pour acouphènes et douleurs auditives.
L’Ajax devait remplacer la flotte vieillissante de CVR(T) dès 2017. Pourtant :
- les livraisons ont déjà 8 ans de retard,
- le coût approche 6 milliards de livres,
- l’utilité même du programme est questionnée depuis que les drones dominent largement les opérations de reconnaissance.
Une accumulation de défaillances structurelles
Le projet, fabriqué par General Dynamics au Pays de Galles, est décrit par plusieurs instances britanniques comme l’un des programmes de défense les plus chaotiques du pays.
En 2023, la commission de Défense de la Chambre des communes dénonçait :
- un manque de contrôle global du programme,
- des erreurs répétées dans les phases de conception et de test,
- des difficultés institutionnelles au sein du ministère de la Défense,
- une absence de visibilité sur la résolution durable des problèmes.
Le rapport qualifiait même l’ensemble du dossier de “déplorable”.
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Un discours officiel qui tente de rassurer
Quelques semaines avant le nouvel incident, le ministre de la Défense Luke Pollard affirmait que :
- les défauts techniques étaient “désormais derrière eux”,
- l’Ajax était prêt pour un déploiement opérationnel,
- et même que certains alliés de l’Otan pourraient être intéressés par ce modèle.
Ces déclarations apparaissent aujourd’hui en décalage avec la réalité du terrain, relançant les critiques sur la communication institutionnelle du programme.
Un véhicule qui devait symboliser une modernisation majeure
L’Ajax était présenté comme un blindé de nouvelle génération, capable de :
- réaliser des missions de reconnaissance avancée,
- offrir une mobilité rapide,
- embarquer un système de capteurs sophistiqués,
- améliorer la protection du personnel.
Mais les problèmes de vibrations et de bruit viennent directement remettre en cause ces promesses. Un blindé censé assister les troupes ne doit pas provoquer des lésions chez ses propres équipages.
Pourquoi parle-t-on aujourd’hui d’un fiasco ?
Les discussions dans la presse britannique et les analyses militaires convergent sur plusieurs éléments qui nourrissent cette qualification :
- Un retard technologique de presque une décennie.
- Un véhicule livré trop tard dans un contexte stratégique bouleversé par l’essor des drones.
- Des défauts graves affectant la sécurité des soldats.
- Des coûts astronomiques pour un résultat encore incertain.
- Un manque de transparence sur les solutions envisagées.
À ce stade, l’armée britannique ne sait toujours pas quand – ni comment – elle pourra exploiter pleinement les 589 exemplaires commandés.
Une question désormais centrale : faut-il poursuivre le programme ?
Avec des livraisons déjà repoussées pendant des années et une nouvelle suspension lors des tout premiers entraînements, l’avenir du blindé Ajax devient un sujet sensible au Royaume-Uni.
Trois scénarios sont aujourd’hui évoqués par les experts :
- Continuer le programme si les défauts sont identifiés et corrigés rapidement.
- Le repenser, si les solutions exigent une refonte trop complexe.
- Ou admettre l’échec, une option politiquement coûteuse mais de plus en plus évoquée dans les cercles militaires.